Insurtech Europe : les grands enseignements du Q1
Un premier trimestre s’achève en 2026 ! La période s’est révélée particulièrement dynamique sur le front des levées et riche en enseignements pour qui cherche à lire les transformations en cours dans l’insurtech européenne.
Il est donc l’heure d’un premier bilan. Derrière les montants annoncés, décryptons les tendances de fond qui se dessinent, sur la maturité des modèles, l’allocation du capital et la place prise par certains écosystèmes, à commencer par la France.
Un volume d’investissement au rendez-vous
Premier constat : avec 346 millions d’euros aimantés, l’écosystème a frappé fort au Q1. En projection, 2026 se situe donc sur une hausse d’environ 34 % par rapport au volume moyen des dernières années en argent investi, alors que le nombre d’opérations, lui, reste stable. Dit autrement, les capitaux se concentrent davantage sans que le marché ne s’élargisse vraiment en matière de dossiers financés.

Il faut évidemment rester prudent dans la lecture. Un trimestre ne fait pas une année et l’histoire récente de l’insurtech a déjà montré à quel point les rythmes peuvent varier d’une séquence à l’autre. Mais le signal envoyé par ce début d’exercice mérite l’attention.
Notons également que 7 levées supérieures à plus 20 M€ ont déjà été recensées, soit presque le total atteint sur l’ensemble de 2025 (8). Lors de ce premier trimestre, les investisseurs se sont donc positionnés en priorité sur des projets déjà matures, dont beaucoup évoluent au-delà de la Série C, voire encore plus loin dans la courbe de développement.
Ainsi, le sujet n’est plus seulement de détecter une bonne idée ou une promesse crédible. Il s’agit désormais d’identifier des acteurs capables de tenir dans la durée et d’opérer une stratégie de croissance rentable à l’échelle.
Pour l’écosystème, la multiplication de ces opérations à deux chiffres constitue un marqueur de crédibilité et de retour à un certain niveau de confiance. Dans un environnement d’investissement qui demeure rigoureux, il est en effet positif de voir des insurtechs déjà bien financées parvenir encore à aimanter des fonds de manière très significative.
Autre point marquant : les acteurs de l’assurance continuent de jouer un rôle actif. En 2025, le marché avait déjà enregistré un niveau record d’investissements portés par les CVC en nombre de deals au niveau mondial. Le début d’année 2026 prolonge cette dynamique avec des cas particulièrement intéressants.
Retenons notamment Allianz qui entre au capital de Wrisk après avoir soutenu la spécialiste anglaise de l’embedded depuis ses débuts. Malakoff Humanis, toujours audacieux sur ces sujets, qui renouvelle son soutien à Santexpat. Ou Generali France qui accompagne AI6 Technologies avec une logique allant au-delà du simple ticket financier. L’assureur vient en effet capter une innovation liée à la prévention pour l’intégrer directement dans un dispositif original déployé au sein du groupe.
La France en locomotive
Fidèle à ses bonnes habitudes, la France continue d’occuper une place centrale dans l’écosystème européen. En 2025, elle représentait déjà 30 % des deals, avec 19 opérations de financement pour 114 M€ levés sur l’année.
Le premier trimestre 2026 pousse encore un peu plus cette dynamique.
Sur les 16 deals recensés à l’échelle européenne, 5 sont français, pour un total de 150 M€ levés.
À elle seule, la France concentre donc près d’un tiers des opérations, mais surtout une part très importante des montants investis.
Alan endosse évidemment le rôle de figure de proue. La licorne de l’assurance santé a célébré ses dix ans en grande pompe, annonçant une levée de 100 M€, avec notamment la participation de Kylian Mbappé, pour une nouvelle valorisation record de 5 milliards €. Au-delà de l’effet d’annonce, l’opération vient conforter une trajectoire qui reste singulière dans le paysage français.

Le chemin parcouru est impressionnant. Alan dépasse aujourd’hui les 1,1 million d’assurés et les 37 000 entreprises clientes. Elle a atteint la rentabilité opérationnelle dans l’Hexagone et ses victoires sur le terrain de la PSC ont profondément marqué les esprits. Evoluant désormais dans un modèle hybride, à la croisée de l’assurance, de la technologie et des services, l’entreprise démontre une capacité à élargir progressivement son périmètre.
Dans son sillage, d’autres acteurs se mettent en mouvement. Santexpat et Stoïk investissent pour soutenir leur expansion internationale. AI6 Technologies émerge avec une proposition centrée sur le climat et la prévention. Quant à MincaAI, elle se positionne sur les agents IA appliqués à l’assurance.
Un point mérite toutefois d’être souligné. Alors que les flux internationaux se dirigent massivement vers les modèles AI-first (75 % des montants investis), peu d’acteurs français se démarquent sur ce créneau. Ce paradoxe, déjà identifié en 2025, se confirme donc en ce début d’année.
MGA et enablers à la fête

Une autre tendance ressort nettement de ce début d’année : la très bonne tenue des MGA et des enablers B2B.
Dans un marché où l’agilité, la spécialisation et la maîtrise technologique deviennent des leviers de différenciation de plus en plus puissants, les MGA continuent de poursuivre leur montée en puissance. Lassie dans le pet insurance, Santexpat sur la santé internationale ou Stoïk dans le cyber poursuivent une ambition multi-marchés sur leur verticale respective.
Les montants aimantés traduisent cette volonté d’accélération, qui passera certainement par le M&A. Santexpat a d’ailleurs déjà dégainé, en injectant 10 M€ de sa levée pour boucler deux acquisitions. Voici qui préfigure sans doute d’autres mouvements à venir. Sur plusieurs segments, des rapprochements feraient sens, à la fois pour accélérer le développement et offrir des perspectives de sortie à certains acteurs.
En parallèle, les enablers B2B continuent d’attirer les investisseurs, sans grande surprise. mea, avec ses agents IA, Artificial Labs sur la souscription nouvelle génération, Qover sur l’orchestration de modèles embedded ou encore AutoConnexa avec sa proposition articulée autour de la télématique responsable incarnent bien cette dynamique.
Au total, 56 % des levées du trimestre concernent des modèles B2B.
Une proportion qui confirme le déplacement progressif du centre de gravité de l’insurtech. Le B2C reste actif, mais les nouvelles dynamiques d’investissement se structurent désormais largement autour de solutions conçues pour renforcer les acteurs en place.
Un marché qui se structure
Pris ensemble, ces éléments dessinent un marché toujours plus mature.
Les capitaux se concentrent, les acteurs se hiérarchisent, et certaines verticales commencent à voir émerger des leaders crédibles à l’échelle européenne. Soit une évolution complètement logique après une grosse décennie d’existence.
Pour les décideurs de l’assurance, l’enjeu n’est plus seulement de surveiller la vitalité de l’écosystème. Il consiste à repérer où se construisent les positions fortes, où s’organisent les futures consolidations, et quels types d’acteurs sont réellement en train de prendre de l’avance.
Des fondamentaux qui doivent leur permettre de mieux trouver leur place au sein d’un univers en mouvement, dans lequel ils peuvent de moins en moins se contenter d’être de simples observateurs.
Data centers, nouveau risque émergent identifié
Les risques technologiques changent de nature. Au-delà du cyber ou de l’IA, c’est désormais l’infrastructure elle-même qui devient un sujet assurantiel majeur. Les data centers, au cœur de l’économie numérique, concentrent des niveaux d'exposition inédits.