Insurtech S1 2026 Bilan
Analyses

Insurtech Europe : S1 2026, histoire d’un changement de cycle

Alexandre Pengloan

Rédigé par Alexandre Pengloan
le 08 juillet 2026 - 9 minutes

Le premier semestre 2026 vient de s’achever et restera sans doute comme l’un des plus marquants de ces dernières années pour l’insurtech européenne.

Avec 1,68 milliard d’euros levés, l’écosystème retrouve un niveau d’investissement que l’on n’avait plus observé depuis plusieurs années et que beaucoup pensaient appartenir à un passé révolu.

À lui seul, le deuxième trimestre concentre plus de 1,3 milliard d’euros, porté par plusieurs opérations d’une ampleur exceptionnelle. Le parallèle avec le faste de l’époque post-Covid vient naturellement à l’esprit. En 2022, les insurtechs européennes avaient ainsi attiré près de 1,7 milliard d’euros sur l’ensemble de l’exercice.

Pour autant, il serait probablement trompeur d’y voir un simple retour aux années d’euphorie. Car derrière ces montants spectaculaires, le marché semble avoir profondément évolué. Les entreprises qui lèvent ne sont plus tout à fait les mêmes. Les attentes des investisseurs non plus. Enfin, plusieurs opérations récentes montrent que l’écosystème entre progressivement dans une nouvelle phase de son développement.

Autant de signaux qui invitent à regarder ces six premiers mois avec une autre grille de lecture.

Des investissements qui changent de nature

Premier constat qu’il convient de rappeler : les capitaux sont bien de retour.

Après un premier trimestre bouclé avec 346 millions d’euros levés, le marché a changé de dimension entre avril et juin, où 1,334 milliard d’euros ont été aimantés.

Ces chiffres pourraient laisser penser que les investisseurs retrouvent progressivement l’appétit qui caractérisait les années 2021 et le début de l’année 2022. Pourtant, il convient d’être prudent dans l’analyse et la lecture du Top 10 permet d’ailleurs de mieux comprendre cette évolution. Car derrière ces montants records se cache une concentration inédite des financements.

Le deuxième trimestre ne compte en effet que 12 opérations. Autrement dit, la progression des montants ne traduit pas un retour généralisé des financements. Elle repose avant tout sur quelques levées d’une ampleur exceptionnelle.

Dans le détail, Alan ouvre naturellement le bal avec son deal XXL de 480 millions d’euros. Quelques semaines plus tôt, ICEYE bouclait une Série F de 450 millions d’euros, conclue dans la foulée d’une importante transaction secondaire de 300 millions d’euros.

Une autre licorne, Zego, a aussi réalisé sa première opération de financement depuis plusieurs années, avec l’idée d’élargir ses horizons. Enfin, plus récemment, c’est Eye Security qui a validé une nouvelle levée de 60 millions d’euros afin d’accélérer son développement européen.

Les investisseurs sont donc de nouveau prêts à engager des montants significatifs, mais leur approche a évolué. En effet, les entreprises concernées ont, pour la plupart, déjà franchi plusieurs étapes importantes de leur développement.

Alan a avancé sur tous les fronts ces derniers mois. ICEYE dépasse les 250 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et affiche un carnet de commandes supérieur à 1,5 milliard d’euros. Zego a aussi atteint la rentabilité quand Eye Security poursuit son déploiement continental après avoir démontré la pertinence de son modèle sur plusieurs marchés.

Autrement dit, ces levées ne servent plus uniquement à financer une ambition mais visent surtout à accélérer une trajectoire déjà bien engagée.

Tout en répondant à la nécessaire adaptation au nouveau contexte imposé par la révolution IA.

L’intelligence artificielle rebat les cartes

Pourquoi les méga-deals réapparaissent-ils aujourd’hui ?

La capacité des entreprises à convertir les promesses en s’inscrivant, enfin, dans des trajectoires de croissance rentable est un premier élément d’explication. Mais ce n’est pas le seul.

Il faut aussi prendre en considération un contexte technologique qui a lui aussi changé. En l’espace de deux ans, l’IA a considérablement compressé les cycles d’innovation. De nouveaux usages émergent avec une célérité jamais vue, les barrières entre secteurs deviennent moins étanches et les positions acquises apparaissent plus fragiles qu’auparavant.

Cette accélération modifie naturellement la lecture des investisseurs.

En effet, une entreprise que l’on estimait très en avance sur son marché peut aujourd’hui voir cet avantage remis en question beaucoup plus rapidement.

À l’inverse, certains acteurs disposent désormais d’une opportunité unique pour changer d’échelle s’ils parviennent à investir suffisamment vite.

Le cas d’Alan est intéressant à cet égard. Trois mois seulement après une levée de 100 millions d’euros, la licorne française a sécurisé 480 millions supplémentaires. Un chiffre qui a beaucoup fait parler, même si l’entreprise disposait déjà d’une dynamique solide, avec plus d’un million de membres, ses victoires sur le terrain de la PSC et une rentabilité opérationnelle atteinte en France.

Il semble toutefois important d’appliquer une autre grille de lecture à son dernier deal. Depuis plusieurs mois, Alan accélère le développement de sa plateforme autour de la prévention, des données de santé et de l’intelligence artificielle – d’ailleurs, n’est-il pas temps de considérer Alan comme un acteur IA à part entière ?

Dans le même temps, son environnement concurrentiel évolue lui aussi rapidement.

En deux mots, les prochains compétiteurs ne viendront peut-être pas uniquement du monde de l’assurance.

Les plateformes de santé numérique, certains acteurs technologiques ou encore les fournisseurs de solutions d’intelligence artificielle eux-mêmes – voir l’initiative ChatGPT Santé d’OpenAI par exemple – disposent désormais des moyens d’investir progressivement ces marchés.

La dynamique d’ICEYE apporte aussi des insights. La société finlandaise ne développe pas d’outils d’IA à proprement parler. En revanche, la progression des modèles renforce considérablement la valeur de ses données satellitaires et multiplie leurs applications dans des domaines aussi variés que la défense ou bien évidemment l’assurance, où elle multiplie les partenariats.

Ces deux exemples illustrent finalement une même évolution.

L’IA réduit tout simplement le temps dont disposent les entreprises pour transformer une avance technologique en position de marché durable.

Et cette accélération semble également modifier le comportement des investisseurs. Après plusieurs années de forte prudence, plusieurs fonds paraissent de nouveau prêts à engager des montants très importants lorsqu’ils estiment qu’une entreprise dispose des bons actifs au bon moment.

On l’a dit, il ne s’agit pas d’un retour à l’euphorie observée au début des années 2020, les critères de sélection restent exigeants, mais la vitesse à laquelle l’IA progresse crée probablement un sentiment d’urgence nouveau.

Dans ce contexte, disposer rapidement de plusieurs centaines de millions d’euros en caisse devient un avantage stratégique. Ces capitaux permettent évidemment d’investir dans la technologie ou l’expansion internationale. Mais ils offrent aussi et surtout la possibilité d’accélérer pendant une période où les positions concurrentielles restent encore largement ouvertes.

Les premiers mouvements de consolidation

Autre enseignement intéressant de ce premier semestre : les levées de fonds ne sont plus les seules opérations qui méritent l’attention.

Le rachat de Leocare par Belfius rappelle que l’insurtech européenne approche désormais de sa première décennie d’existence. Après une longue période dominée par les créations d’entreprises et les levées de fonds, l’heure des premiers grands arbitrages semble progressivement arriver.

Et c’est une évolution finalement naturelle. Les entreprises les plus avancées continuent d’attirer des montants considérables afin de consolider leur vision.

Dans le même temps, d’autres acteurs cherchent des portes de sortie, et notamment des partenaires capables auxquels passer le flambeau pour poursuivre l’aventure.

Leocare illustre parfaitement cette dynamique. Après avoir levé plus de 100 millions d’euros sur sa route, l’insurtech bretonne, qui a progressé sans néanmoins craquer le marché, rejoint aujourd’hui Belfius. Le bancassureur belge met ainsi un pied sur le marché français en s’appuyant sur une équipe, une marque et plusieurs années de développement.

Sur le papier, le deal semble ainsi satisfaisant pour toutes les parties au regard du contexte.

Voici une tendance qui sera à suivre de très près dans les mois à venir, car Leocare n’est certainement pas la seule insurtech de première génération à chercher une solution. Après une décennie dominée par les levées de fonds, les acquisitions, les rapprochements et les opérations de consolidation devraient logiquement prendre davantage de place dans la vie de l’écosystème.

Ou quand les exits deviennent eux aussi un indicateur de maturité.

La France confirme sa place

La dynamique française mérite également une nouvelle fois d’être soulignée. Au Q1 déjà, la France s’était imposée comme le principal moteur de l’insurtech européenne. Le deuxième trimestre confirme cette tendance.

Alan signe naturellement la plus importante levée du semestre avec sa Série G.

A ses côtés, Finovox poursuit son développement sur le terrain de la fraude documentaire, un sujet qui prend une dimension nouvelle avec la généralisation de l’IA générative, en bouclant un tour de 8,2 millions d’euros.

Quant à Orakle Weather, la jeune pousse a aussi validé un premier tour de table de 550 000 euros afin d’accélérer le développement de ses solutions paramétriques appliquées aux risques climatiques.

À cela s’ajoute le rachat de Leocare par Belfius, rappel que les acteurs français pourraient aussi être en première ligne dans la phase de consolidation que l’on devine.

Prises ensemble, ces news témoignent de la profondeur acquise par notre écosystème. Les plus grands tours de table, les nouveaux projets et les premières opérations de rapprochement impliquent tous des acteurs hexagonaux. Un signal encourageant pour la suite, évidemment !

Une définition de l’insurtech qui continue d’évoluer

Enfin, la granularité des acteurs concernés par les levées du Q2 mérite d’être observée.

Il y a encore quelques années, les principaux deals concernaient essentiellement des néo-assureurs ou des plateformes de distribution.

Le premier semestre 2026 présente un visage sensiblement différent. Parmi les noms qui attirent les investisseurs figurent des spécialistes de la donnée satellitaire, de la cybersécurité, de la fraude documentaire ou encore des risques climatiques.

L’assurance reste naturellement au cœur de ces modèles. Mais la création de valeur se déplace progressivement vers la donnée, la prévention, l’aide à la décision ou les infrastructures technologiques.

Au final, le premier semestre 2026 restera ne marque pas seulement le retour des capitaux, mais le retour d’une nouvelle façon d’investir dans l’insurtech.

Les vannes sont rouvertes. Les critères d’investissement évoluent. Les premiers mouvements de consolidation apparaissent. Et l’intelligence artificielle booste toute cette transformation.

Il sera intéressant d’observer si cette dynamique se confirme au second semestre. Une chose semble toutefois acquise, le phénomène insurtech n’est plus tout à fait celui que nous avons connue au début des années 2020.

Analyses

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Alexandre Pengloan

Rédigé par Alexandre Pengloan
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Les enjeux autour de l'intelligence artificielle évoluent vite, très vite dans l'assurance.

Après avoir cherché à capter les meilleurs modèles du marché, les grands groupes s'interrogent désormais aussi sur les capacités qu'ils doivent développer eux-mêmes, dans un contexte où les questions de gouvernance et de conformité prennent de l'épaisseur.

La récente annonce de Travelers s'inscrit pleinement dans cette nouvelle phase.

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