Mutuelle Saint-Christophe : l’envie d’accélérer, le défi des bons choix
Avec ses 230 collaborateurs et son positionnement affinitaire singulier, la Mutuelle Saint-Christophe cultive ses spécificités dans le paysage français de l’assurance.
Solidement implantée sur ses marchés historiques, elle nourrit aussi de nouvelles ambitions de développement, avec l’innovation comme levier pour accompagner sa croissance.
Marie-Emmanuelle Schiltz, directrice générale, et Marc Etévé, directeur général adjoint, ont fait le déplacement à Las Vegas pour Guidewire Connections 2026.
Nous avons eu le plaisir de rencontrer deux dirigeants enthousiastes, curieux et pleins d’idées, venus découvrir les dernières innovations, confronter leurs réflexions et trouver des réponses à des questions qui engagent l’avenir de leur mutuelle.
Car derrière cette envie d’avancer se dessinent des arbitrages complexes. Modernisation du système d’information, passage au SaaS, accélération de l’IA : les opportunités sont nombreuses, mais les contraintes économiques bien réelles.
Comment choisir le bon moment pour investir, sans risquer de prendre du retard sur les innovations de demain ? Un échange particulièrement ouvert sur les défis et les ambitions d’une mutuelle qui entend bien continuer à évoluer.

Pour commencer, qu’est-ce qui fait la singularité de la Mutuelle Saint-Christophe aujourd’hui ?
Nous sommes une mutuelle affinitaire, historiquement issue du monde catholique. Nos marchés fondateurs sont les diocèses, les congrégations religieuses et les établissements d’enseignement catholique.
Dernièrement, nous nous sommes ouverts à d’autres publics, notamment les particuliers et les structures de l’économie sociale et solidaire, avec des activités dans le handicap, l’hébergement ou encore les EHPAD.
Notre singularité tient aussi à notre ADN mutualiste et à la proximité que nous entretenons avec nos sociétaires. Soit une véritable vie mutualiste, avec une logique de solidarité et de redistribution qui reste au cœur de notre fonctionnement.
Sur vos marchés historiques, vous bénéficiez d’un ancrage particulièrement fort. Quels sont vos principaux défis aujourd’hui ?
Notre premier enjeu est de continuer à répondre aux attentes de nos sociétaires. Certains ne connaissent que nous comme assureur et nourrissent des exigences très élevées en matière de qualité de service, de disponibilité et de proximité.
Nous devons être capables de leur proposer des solutions au niveau de ce qui existe ailleurs sur le marché, tout en préservant cette relation particulière.
Mais nous avons également des ambitions de développement, notamment auprès des particuliers et dans l’économie sociale et solidaire, où nous nous appuyons davantage sur les courtiers.
Pour accompagner cette croissance, nous devons nécessairement gagner en efficacité, automatiser davantage nos processus et améliorer nos capacités opérationnelles.
C’est un enjeu majeur de notre transformation.
Vous avez engagé une transformation autour de la « Mutuelle augmentée ». Comment abordez-vous l’innovation avec les moyens d’une mutuelle de votre taille ?
Nous avons une particularité : malgré notre taille, nous couvrons une très grande variété de risques, du particulier à l’entreprise, en passant par la prévoyance.
On a quasiment les mêmes contraintes qu’un assureur comme AXA, sans en avoir les moyens.
Cela concerne aussi bien les produits que les systèmes informatiques, la sécurité ou les évolutions réglementaires.
Nous devons donc faire des choix.
D’où l’importance de nous appuyer sur des partenaires qui connaissent parfaitement les métiers de l’assurance et proposent des solutions suffisamment matures pour répondre à nos besoins sans multiplier les développements spécifiques.
Notre logique est plutôt d’adopter les standards des solutions, quitte à faire évoluer nos organisations.
Mais notre taille présente aussi des avantages. Nos circuits de décision sont courts et nous pouvons expérimenter plus facilement certaines innovations.

Vous utilisez Guidewire depuis plusieurs années. Comment abordez-vous aujourd’hui l’équation économique d’un éventuel passage au SaaS ?
Historiquement, le on-premise permettait de maîtriser les coûts et de conserver une certaine indépendance. Mais avec les exigences croissantes en matière de sécurité, de maintenance et de mise à jour, cette approche montre aussi ses limites.
Nous sommes aujourd’hui plutôt favorables aux solutions SaaS, qui permettent de bénéficier des évolutions régulières des éditeurs.
Mais les investissements restent très importants à notre échelle. Nous avons quasiment les mêmes besoins technologiques que les grands assureurs, avec des moyens qui ne sont évidemment pas comparables.
Nous utilisons encore une ancienne version de Guidewire et savons que nous devons préparer la suite.
Toute la difficulté est de trouver le bon équilibre économique et de choisir le bon moment pour engager cette transformation.
Justement, les innovations présentées à Connections peuvent-elles faire évoluer vos arbitrages ?
C’est tout notre questionnement aujourd’hui.
Nous découvrons des possibilités très intéressantes. Nous étions venus avec des réflexions autour de PolicyCenter et BillingCenter, et nous voyons également des innovations autour de la souscription qui ouvrent de nouvelles perspectives, par exemple.
Cela donne envie d’aller plus loin !
Mais la vitesse des évolutions technologiques pose aussi question. Si nous attendons six mois, certaines solutions seront peut-être plus performantes, plus simples à déployer ou moins coûteuses.
À l’inverse, attendre trop longtemps signifie risquer de passer à côté d’innovations importantes, notamment autour de l’IA.
Se faire une opinion pour appuyer sur le bouton, ce n’est pas simple.
C’est tout l’enjeu : savoir quand investir dans une transformation qui va nous engager pour plusieurs années, alors même que les possibilités évoluent extrêmement rapidement.
Où en êtes-vous concrètement dans l’adoption de l’intelligence artificielle ?
Nous avons organisé en juin une journée de réflexion collective avec nos managers et nos équipes pour identifier les premiers cas d’usage.
Des projets sont aujourd’hui en développement, essentiellement autour de l’automatisation de certaines tâches et de l’assistance aux équipes opérationnelles, notamment pour faciliter l’accès à l’information.
Nous voulons avancer de manière très concrète, comprendre les possibilités de l’IA et accompagner progressivement nos collaborateurs.
Notre conviction est que l’humain doit conserver la décision finale. Dans cette optique, nous cherchons avant tout à donner davantage de moyens aux gestionnaires et aux souscripteurs pour exercer leur métier.
Cela suppose aussi une évolution de nos compétences et de notre organisation. Avec l’IA, la capacité à comprendre les processus métier, à exprimer précisément les besoins et à repenser les façons de travailler devient encore plus importante.
L’enjeu est de profiter de ces technologies pour faire évoluer nos métiers, et pas simplement pour reproduire plus rapidement ce que nous faisons aujourd’hui.
Au-delà des gains d’efficacité, l’IA pourrait-elle vous permettre de changer d’échelle et d’accélérer votre croissance ?
C’est effectivement une perspective très stimulante.
Nous avons encore du potentiel de développement, notamment auprès des particuliers et dans l’économie sociale et solidaire.
Le rêve serait de pouvoir doubler notre chiffre d’affaires tout en conservant le même périmètre d’effectifs.
Cela permettrait de développer l’activité, de préserver l’emploi et de donner davantage de capacités à nos équipes.
Nous ne voulons pas perdre la proximité avec nos sociétaires, qui reste essentielle dans notre modèle. Ils veulent pouvoir parler à quelqu’un et conserver une relation humaine.
Mais si les nouvelles technologies nous permettent de mieux les servir, d’accompagner davantage de clients et de développer notre activité sans accroître proportionnellement nos ressources, les perspectives sont considérables.
Notre taille peut devenir un avantage pour expérimenter de nouvelles approches.
On peut être un laboratoire et expérimenter des choses afin de trouver de nouveaux leviers pour nous démarquer.
‘En 2025, l’open innovation, ce n’est plus du marketing !’
Pendant longtemps, on l’a considérée comme un levier d’image ou un gadget R&D. Ce temps là est définitivement révolu. En 2025, l’open innovation est devenue un pilier stratégique pour les assureurs. Plus exigeante, plus structurée, plus impactante, elle constitue un puissant outil pour répondre aux nombreux défis auxquels ils font face.
Derrière cette évolution, on trouve des acteurs comme Linkio, cabinet de conseil 100 % dédié au secteur de l’assurance. Elodie Duru, directrice associée, est une spécialiste des ponts entre innovation et transformation. Après un parcours riche l’ayant vue passer par les incubateurs et les laboratoires de recherche, elle travaille aujourd’hui en première ligne